LANZAROTE par Julien M
Quoi de mieux pour fêter son treizième triathlon distance Ironman que de participer au plus mythique d'entre eux celui de l'Ile aux cent volcans : Lanzarote.??C'est l'histoire que je vais vous compter en espérant que vous serez nombreux à suivre à votre tour les traces de tous les finishers qui se sont confrontés au mystère de Timanfaya pour terminer en beauté sur les plages de Puerto del Carmen.
Mardi 15 mai
5h10, nous arrivons avec Catherine au terminal d'Orly ouest et déjà le Hall numéro 1 grouille de monde incroyable !!! Le vol Air Europa à destination de Madrid décollera à 7h10 mais il faudra avant enregistrer les bagages et surtout ce satané bike qui prend une place considérable dans cette valise sur dimensionnée !!! Jonathan et Nadège sont déjà sur place ils sont sereins et bien décidés à retourner à Kona.?
Après une escale à Madrid où de nombreux triathlètes ibériques se joignent à nous nous atterrissons à Arrécife « capitale » de l’Ile de Lanzarote dans l’archipel des Canaries. Le ciel est d’un bleu électrique c’est déjà l’été, je récupère mon bike heureux comme un ange qu’il soit bien arrivé et nous prenons un taxi pour Puerto del Carmen l’une des trois grandes stations balnéaire de l’Ile. Dehors il fait une température caniculaire inhabituelle, un vent chaud venant du Maroc enveloppe l’ile, c’est suffoquant j’imagine déjà le départ du marathon dans ces conditions en fait non je ne souhaite pas l’imaginer …
Nous logeons donc à Puerto dans un appart hôtel très fonctionnel Lanza Playa proche de la playa grande ou nous nous retrouverons samedi matin à 7h00 pour le grand plongeon !!!
Tout semble allait pour le mieux dans le meilleur des mondes si ce n’est que je traine depuis deux jours une vilaine toux associée à un rhume persistant conséquences des derniers entrainements matinaux dans la Vallée de Chevreuse où la température avoisinait plutôt les 6 degrés.
18 mois sans le moindre pépin physique et voilà qu’à quatre jours de l’Ironman de mes rêves je tombe malade, c’est la guigne je préfère en sourire.
Une fois installé je laisse Catherine à la piscine du club parfaire son bronzage et je chausse mes tennis pour un petit jogging sur une partie du parcours du marathon.
Il est environ 18 h00 et la température avoisine toujours les 36 !!! Sur place beaucoup de triathlètes s’entrainent dans la fournaise, je crois que nous sommes complétement timbrés quelque fois mais cela doit sans doute nous rassurer alors on court.
Bref 30 mn plus tard je rentre je n’en peux plus, il fait trop chaud ma rhyno persiste et signe !!! mon arrêt de mort est imminent il me faut trouver un médecin dès demain matin sinon je regarderai l’Iron Man de mon balcon ou sur ironmanlive.com en même temps que mon pote Anthony !!!
La nuit est agitée la tête remplie de toiles d’araignées, de mauvaises pensées… allez demain sera un autre jour …
Mercredi 16 mai
Nous avons eu la bonne idée d’oublier les cartes européennes de sécurité sociale si bien que seules les cliniques privées peuvent me prescrire des médicaments et là c’est le coup de bambou mais je n’ai guère le choix c’est soi je raque soi je claque.
Après une consultation en un temps record digne des transitions T1 d’Olivier Marceau je repars le cœur et le porte-monnaie léger acheter des antibio j’ai une rhyno et une sinusite !!!
Enfilées les gélules d’Aumentin et je sors ma vieille combinaison je nage environ 1500 m pour retrouver les sensations l’eau malgré la chaleur est assez fraîche et je constate que ma combi commence à se déchirer au niveau des aisselles laissant l’eau pénétrer …
L’après-midi sortie vélo, je souhaite reconnaitre une partie du parcours, il fait toujours 35 degrés, direction Yaisa il y a du vent mais il est contenu en revanche le parcours est curieux une succession de bosses et de descente nous sommes très peu protégés à Lanza pas d’arbres pour contenir le vent ou nous cacher du soleil.
Au bout de 15 km mon bidon est déjà tiède je suis obligé de m’arrêter à une station essence non pas pour faire le plein avec un litre de gazole à 0.95 centimes ( le rêve) oui Lanza est une zone franche ou certaines taxes n’existent pas rendant certains produits bon marché, mais pour acheter des soda et me désaltérer, moi pour qui un bidon peut me faire 150 km quand je sillonne les Yvelines il suffit de 3 bosses et je suis déjà asséché ça promet !!!
J’arrive au début du toboggan de Timanfaya le parc volcanique au début de cette longue ligne droite sans fin en faux plat montant qui peut en cas de fort vent vous scotché sur le bitume !!! j’ai des frissons de bonheur j’adore cet endroit cette route que j’ai dû photographier une dizaine de fois lors de mon précédent séjour sur l’ile. Enfin j’y suis avec mon bike prêt à l’affronter samedi …au petit matin … des frissons vous dis-je !!!
Jeudi 17 mai
La Licence de l’Ironman de Lanzarote est détenue par le Club La Santa sorte de complexe sportif ultra moderne où nageurs triathlètes athlète du monde entier viennent s’entrainer tout au long de l’année, les conditions sont optimales : une piscine olympique une seconde en construction des salles de sport bref un complexe pour les fous du sport dont nous sommes !!! Tout cela pour vous dire qu’il nous faut rejoindre le petit port de La santa et son complexe pour récupérer les dossards.
Nous louons un scooter avec Catherine pour rejoindre l’autre versant de l’ile un périple d’une quarantaine de kilomètres sur un scooter Peugeot qui n’avance pas dans Timanfaya mais c’est sympa comme tout et très pratique.
Sur place les stands sont installés et les hôtesses d’accueil la plupart d’Europe du nord nous enregistrent ; au passage on nous redemande 10 euros je n’ai pas su très bien pourquoi, mais au point où j’en suis … L’ironman est une super cash machine dont le business et le marketing sont tellement bien huilés que nous sommes presque content de payer pour nous faire mal !!! C’est diabolique !!!
Après avoir acheté quelques cochonneries pour les enfants ( bonnet de bain tee shirt …) nous repartons et nous croisons au sortir du club Frédéric et sa famille avec qui j’avais suivi le stage de Gael à Callela au printemps, Frédéric super triathlète top 15 à Embrun en 2011 qui tirait la mine des mauvais jours, en effet ses bagages et son vélo s’étaient égarés entre Barcelone, Madrid et Lanza, à deux jours du départ c’était vraiment un coup du sort malheureux pour ce triathlète qui joue la qualification dans son groupe d’âge les 39/44 !! Je lui souhaite de trouver le courage nécessaire et espère sincèrement que d’ici vendredi soir il récupère son bien le plus précieux !!!
Vendredi 18 mai
Le parc à v vélo est installé les tentes également, Catherine parfait son bronzage à la piscine pendant que je termine les derniers préparatifs : coller les étiquettes sur les sacs placer les puces sur le bike le dossard les stickers sur le casque, ça prend un temps considérable on a toujours l’impression qu’on oublie un truc qui nous sera préjudiciable pendant la course …
Mon matos
Giant TCR Advanced en ultégra 53x39 et 12x27
Prolongateur carbone Hed sans shifters
Roues Fulcrum Zéro, pneus Hutchinson Atom
Chaussures : Zoot
Combinaison : Aquaman pulsar 2002 !!! il est temps d’en changer
Un bidon de vo2 max, un bidon d’eau evian
4 barres au pain d’épice, un gros gel, et un shot pour me réveiller si je m’endors trop pendant la course
Vers 17 h 00 nous partons installer le bike et les sacs. Le spectacle est saisissant, les vélos extraordinaires venus d’ailleurs la plupart aéro des Argon des Fuji, des Cervelo beaucoup de Planet X des Specialized bref du lourd du très lourd j’ai l’impression d’avoir une relique mais bon l’habit ne fait pas le moine comme on dit.
L’installation est super fluide à peine deux minutes d’attente et nous sommes dans le parc j’ai le numéro 1101, je recroise Frédéric qui vient de récupérer son bike le matin même il respire mieux on sent qu’il a la gnac, il l’aura la qualification ça se sent dans son regard !!!
Vers 18 h00 sur la promenade arrive avec un léger retard Nicolas et son Argon tout aéro il semble tranquille, si je ne crois pas à sa qualif compte tenu de son peu d’entrainement je suis certain qu’il sortira un gros vélo il m’impressionne à chaque sortie en bike …Nicolas !!! 5 h 05 à Nice ça mérite le respect !!!
Dîner tranquille à l’hôtel et en avant pour une nuit de sommeil, je m’endormirai vers 22h30 pour me réveiller vers 3h45 et me lever une heure après. Petit déj léger lait chocolaté plus céréales complété d’une banane. Je réveille Catherine à 5h45 et nous partons vers le départ.
Samedi 19 mai, the D day
L’air est doux et les rues voient se croiser les nightclubbers du Nikki beach et les triathlètes prêts au combat. Je ne sais pas si c’est l’expérience ou pas mais je suis assez serein, il faut dire que je n’ai pas de pression particulière, mon objectif est de seulement terminer sans finir sous la tente de l’infirmerie sous perfusion. Il faut reconnaitre qu’un Ironman le 19 mai quand on doit s’entrainer en région parisienne ça arrive vite dans la saison, et excepté le bike on j’ai réussi malgré le sale temps à accumuler suffisamment de km pour poser le vélo en pouvant démarrer un marathon, j’ai un déficit énorme en course à pieds :
Bike : du 1 er janvier au 18 mai 2012 : 3 000 km sortie la plus longue ( cyclo vélostar de 156 km)
Natation : 28 séances
Course à pieds : 170 km !!! sortie la plus longue 16.5 km !!!
Bien sûr j’ai acquis au fil des ans de l’expérience qui me servira un moment ou à un autre mais on ne peut pas rêver à grand-chose sans avoir encaissé suffisamment de km dans toutes les disciplines.
Mon Giant est toujours là je gonfle les pneus enfile ma combinaison avec la crainte de la voir totalement se déchirer et rejoins d’un pas lent la plage ou déjà un grand nombre de triathlètes s’est amassé prêt à en découdre …
7h00 !!! c’est parti je ne sais plus si le signal était un coup de sifflet le tir d’un pistolet ou quelque chose d’autre mais une chose est sûre j’y suis et déjà les premiers nageurs filent tout droit rejoindre la première bouée je plonge à mon tour et là c’est la grande lessiveuse, ça frotte de partout la bouée est à peine à 160 m du départ et c’est une vraie baston pour y parvenir, j’ai l’impression que les mecs qui me devancent nagent comme des pieds et qu’ils devraient me laisser la place ce que je devance doivent pense la même chose de moi, première boucle terminée en 31.35s je suis assez satisfait de ce temps, sortie à l’australienne devant les cris des supporters j’entends celui de Catherine qui me dit que c’est bien ça me redonne l’envie de me battre et je plonge avec rage dans l’atlantique pour cette seconde virée dans l’eau.
Il y a déjà moins de monde j’arrive à poser ma nage garder des appuis et avancer, néanmoins ma combinaison prend l’eau et je commence curieusement à avoir froid, j’ai quand même l’impression de prendre les bonnes trajectoires et de nager plus vite ; fausse impression je sors 1h05 ce qui fait la seconde boucle en plus de 33 mn, je ne comprends pas les subtilités de la natation.
Je cours récupérer mon sac en T1 le numéro 1101 au bout du rack m’installe sous la tente et prends le temps de me sécher j’ai très froid, mes pieds sont ensablés j’enfile un polo cycliste sur ma trifonction et me voici dans le parc à vélo. Je roule comme un forcené pour me réchauffer double beaucoup de concurrents, dans mes premiers IM j’étais plus doublé que je n’en doublais de signe des progrès réalisés en bike signe surtout que dans notre sport l’équation est simple pour qui veut réussir : s’entrainer !!!
A Lanzarote finalement il n’y a que très peu de portions planes c’est une succession de ce que j’appelle des toboggans ça monte ça descend le cycliste est souvent en prise. Pas le temps de se reposer.
Après Yaisa s’ensuit un long faux plat descendant pour rejoindre el Golfo et déjà nous croisons les premiers triathlètes ce qui sont sortis en 50 mn au plus en natation et qui ont mis les Watt à vélo. Curieusement les athlètes ne sont pas regroupés et une certaine distance les sépare. J’espère croiser Joe mais je ne le vois pas. Je poursuis mon chemin, le vent s’est levé mais il ne nous gêne pas, enfin arrive le moment tant attendu Timafaya.
Après tant d’années j’y suis enfin , cette interminable ligne droite au milieu des laves cristallisées en faux plat montant vent de face, un vrai délice. L’organisation autorise le drafting sur les portions montantes, je ne m’en prive pas et suis assez protégé par les vélos qui me devancent. Je reste blottis dans les roues 500 m avant de placer une accélération pour rejoindre un groupe plus en aval …
And so on … nous arrivons au sommet et commençons la descente vers Tinajo, le vent est de face et nous ralentit fortement ce qui nous oblige constamment à pédaler sur le 53x16 on y laisse des forces croyez-moi !!!
Nous laissons le Club La santa sur notre gauche, et poursuivons notre route vers les plages de Famara prisées par les surfers de l’île qui offrent les plus beaux spots.
Seconde difficulté du jour la longue montée de Famara au Mirador del Haria point culminant de lîle et qui démarre par une route interminable dans une sorte de nomad ‘s land végétal, le vent souffle dans notre sens ce qui est une bonne chose et me permet de monter entre 18 et 30 kmh cette portion qui peut s’avérer délicate.
Nous arrivons à Téguise petit village célèbre pour son marché dominical et j’aperçois Gilbert qui attend certainement sa championne de fille. La route commence sérieusement à s’élever je suis sur le 39x16 39x18 et je continue avec un groupe de français à bien figurer dans les boss ce qui n’est pas l’apanage des allemands et des anglais avec leur gros vélo aéro et qui font la route avec nous.
Le sommet est atteint avec beaucoup de nuages et de brume il fait presque frais, la descente est rapide mais ponctuée de virage en épingle. Le village d’Haria passé en trombe nous attaquons la troisième difficulté de la journée la montée pentue vers le Mirador del Rio haut lieu touristique et qui offre au touriste une vue imprenable sur l’ile d’Haria ?
La montée est vraiment sévère ( des passages à 10, 12 %) et la fatigue commence petit à petit à faire son travail de sape !!!
Je termine sur le 39x27 que m’avait installé Anthony et je suis très content de l’utiliser tout en contemplant la vue magnifique de l’ile dans son ecrin bleuté.
S’ensuite une descente vertigineuse très rapide avec le vent dans le dos, le compteur monte à 72kmh et ne descend jamais en dessous de 50 malgré tout il faut rester vigilent ce n’est pas le moment de chuter surtout pour gagner cinq secondes que je perdrais en T2.
La voie rapide qui mène à Arrecife s’ouvre à nous, je commence à avoir très mal aux reins je n’en peux plus des prolongateurs tente de faire des étirements pour soulager mon dos en vain. Il reste encore 45 km qui seront très longs, d’autant plus que le soleil se fait de plus en plus violent et que l’indice UV frôle les 10.
Je souffre beaucoup à ce moment-là et déjà quelques coureurs me doublent ce qui n’est jamais bon signe. Je ne cherche pas à les coller ce serait me mettre dans le rouge inutilement. Je poursuis mon chemin et les organisateurs nous proposent à ce moment-là de quitter la voie rapide pour monter vers Teguise par un long faux plat montant vent de face et là, c’est la grande solitude, un coureur vient de se prendre un carton pour drafting alors même que la portion est en côte ??? je ne comprends pas les subtilités de l’arbitrage ??? Une fois cette portion avalée, nouvelle surprise, une espèce de route au revêtement improbable mélange de lave et de caillou pointu, qui ferait presque regretter la tranchée d’Arenberg.
Ça secoue de partout et le vent est de trois quart face ce qui n’arrange rien à mes affaires. Je vis un calvaire je n’avance pas et c’est à ce moment précis que je perds du temps alors même que jusqu’à présent je sortais un vélo plus qu’honorable.
Je suis content d’en avoir terminé avec cet enfer lanzarotien la suite se fait normalement sans grande vitesse mais je limite la casse, j’ai mal au dos et les derniers km se font en descente je retrouve un peu de vigueur mais déjà je pense au dessert et ce marathon, qui va se courir sous un soleil noir …
Je pose le bike chope le sac course à pieds et m’engouffre sous la tente pour me changer, je prends vraiment tout mon temps ma seule ambition du moment ? Faire un beau marathon en sub 4 h 00 avec les 170 km courus depuis janvier ce serait un exploit !!!
Je m’enduis les pieds de crème, les jolies accompagnatrices nous enduisent d’écran total je profite de ce moment d’accalmie avant la tempête pour boire un cocktail de protéines de chez Eafit et me voilà parti pour 42 km, ……. On fait un sport de malade je vous dis et je le pense à ce moment-là !!!
Les jambes tournent bien en ce début de course, j’essaie de courir sans à coup avec une foulée à l’économie je pars dans l’inconnu moi pour qui la distance la plus longue courue cette année n’a pas dépassé les 16 km.
Le parcours nous emmène le long des plages de Puerto del Carmen jusqu’à l’aéroport toujours en bord de côte et nous aurons à l’occasion la chance de voir l’eau cristalline à portée de chaussures !!! mais sans pouvoir y goûter.
Il y a suffisamment de ravito, c’est une bonne chose ce qui l’est moins c’est la qualité des boissons, souvent tiède le coca ma boisson préférée dans les IM est coupée avec beaucoup d’eau, bref c’est pas génial. Depuis deux années je ne prends plus de gel et je carbure à quatre substances :
Coca, eau, quartier d’orange et banane … je ne déroge pas à la règle une fois encore.
Pendant une pause « pipi », l’ancienne locataire du Versaille tri Nadège me double je la reconnais à sa longue natte je suis impressionné par sa foulée relativement rapide à ce moment de la course mais je n’oublie pas non plus qu’elle est déjà hawaïenne et qu’elle avait sorti une perf de premier plan à l’eco trail au printemps.
Le parcours est sympa moins rébarbatif qu’à Nice tout en courbe et le public est assez proche des coureurs néanmoins le soleil tape fort et je cherche désespérément des coins d’ombre qui à cette heure-ci n’existent pas.
Je croise Joe dans un groupe de killer qui joue la qualif ça court assez vite je l’encourage j’espère qu’il tiendra, quelque temps après c’est au tour de Nicolas, de croiser ma route il doit bien avoir 10 bornes d’avance sur moi il a dû sortir un vélo de dingue !!!
J’ai la chance de courir avec un triathlète de Quimper on discute on se relaie on se motive bref ça fait passer le temps, nous rejoignons Nadège et nous courons pas mal de km ensemble finalement c’est plus facile à digérer un marathon dans ces conditions surtout que pendant ces longs km on parle de quoi ??? de la prochaine baisse des taux directeur de la BCE ??? non non, de sport en général et d’Ironman en particulier. On ne se refait pas.
Nous rattraperons Nicolas qui aura toujours un tour d’avance sur nous mais il est moins fringuant que toute à l’heure, quant à moi tout va pour le mieux je suis sur des bases de 3 h 55 ce qui me comble au plus au point !!!
En revanche coup dur pour Joe il est en mode marche à pied et ce assez loin de l’arrivée autant dire que la qualification qu’il avait à portée de main s’éloigne … ce sera pour une prochaine fois mais le plateau effectivement était très relevé !!!
Il me reste une boucle d’un peu plus de 10 km à et j’ai 1 h 00 pour la réaliser et à moi les 3 h 55 !!! C’est jouable mais je ne m’enflamme pas trop … sur marathon on peut exploser à tous moments. Et musculairement l’usage du 53 dents pendant une bonne partie de la course se fait sentir à présent, ça se complique le rythme ralentit mais je résiste, j’ai perdu Nadège au détour d’une pause et Yann mon compagnon de route breton est derrière moi, je suis seul de nouveau en proie à des doutes existentiels, sur un hypothétique temps foireux à des années lumières des 3h17 que Frédéric mon collègue albigeois réalisera, mais chacun ses objectifs chacun sa route chacun son chemin comme dit la chanson …
Dans moins de 8 km je serai finisher de l’Ironman le plus difficile au monde, je serais finisher pour la treizième fois sur cette distance mythique et ce en treize participations, j’ai des frissons mais je veux ce sub 4 h 00 unique objectif à ce moment précis de la course alors que le soleil me brûle la peau que j’ai la tête comme dans un étau que les jeunes femmes se baignent dans la mer que les enfants mangent des ice cream que le bruit s’étend la fureur gronde et soudain je suis pris de crampes hallucinantes !!!
Ma jambes gauche se contracte violemment le mollet se crispe et le muscle de l’aine se paralyse, je ne peux plus avancer au km 34 je suis arrêté net dans ma course aux étoiles !!! J’en veux à la terre entière, mais c’est la vie sur IM il y a des joies comme celle de Nice 2012 ou Embrun 2011 et des peines Nice 2005 et 2006 ou j’avais chuté à vélo. Je pèse le pour et le contre, d’un côté je ferai plus de 4 h 00 d’un autre je me dois de terminer.
Après des assouplissements je tente de repartir en courant à l’envers devant les yeux incrédules des badauds mais l’essentiel en tri n’est-il pas d’avancer et de ne jamais s’arrêter ?
Au km 37 je repars à la super économie j’arrive de nouveau à courir, à 5km du bonheur je n’en reviens pas, ce sont des moments que je souhaite à tous les novices sur cette distance de vivre. C’est unique même quand on a quelques heures de vol comme c’est mon cas, on ne s’en lasse jamais.
Dernière petite boss avant le sprint final, je dois retrouver Catherine pour qu’on termine ensemble sous le porche d’arrivée et que le photographe immortalise ce moment presque magique après le reportage vidéo d’Embrun 2007 qui avait vu la famille franchir le portique de l’Embrunman sous les caméras de France Télévision.
Catherine est là elle a troqué ses tong pour ses converses blanches pour son unique moment de sport de l’année, un cent mètres couru en 30 s chrono et c’est la délivrance je franchis l’arrivée en 11h43 ce qui donne ( 1h05 en natation, 6h13 en bike et 4h06 au marathon avec 19 mn de transition !!! ) . soit 1h00 de plus qu’à Nice je vous disais bien que cet IM était compliqué !!!
L’objectif est rempli, j’ai passé une semaine de rêve à Lanzarote j’y reviendrai certainement un jour pour casser les 11 h 00, même si la date est très avancée dans la saison, peut-être en 2013 pour réaliser le triptyque de mes rêves, Lanza, Nice et Embrun ??? Je ne sais pas à chaque jour suffit sa peine.
En attendant le 14 juillet, se profile l’étape du Tour, 201 km et 4 cols à digérer avec Anthony on va se manger toutes les côtes de la région, quand on aime on ne compte pas et peut être que sur les pentes de l’Aubisque ou du Tourmalet je me rappellerai de cette matinée du 19 mai lorsque Timanfaya s’offrait à moi dans la chaleur de la lave, les yeux inondés par un soleil venu d’ailleurs et je serai peut-être un cycliste heureux.
Mille mercis à mon épouse qui m’a permis de réaliser ce rêve et à Anthony qui m’accompagne souvent dans les routes de notre belle région et dont les conseils technique sont précieux, merci aussi à Zebike Shop pour le matériel de qualité qui m’a été proposé.
Julien Mathieu, Versailles triathlon